Archive pour le mot-clef ‘Aluminium déployé’

Projet d’intégration pour le nouvel hôpital de Montréal pour enfants du Centre universitaire de santé McGill (CUSM)

Lundi 8 septembre 2014

Je suis là!Je suis làJe suis là
L’ours, symbole de courage
L’ours est, dans tout mon travail, la représentation qui a su toucher le plus large public. Toujours, je l’ai réinventé, mais toujours il revient à la fois solide et tendre, à la fois plein de rêve et de réalité. Complémentaire à l’ours, il y a aussi de récurent dans mon travail, l’idée de la constellation, grande ou petite, avec tous les chemins qu’on peut imaginer entre ses parties.
Dans le cadre de ce projet en particulier, considérant mes affinités naturelles pour le monde de l’enfance, je me suis senti interpelé. C’est en pensant aux enfants combattant la maladie, en pensant aussi à leurs parents ainsi qu’au personnel soignant, que j’ai trouvé une réponse, une solution toute simple : j’allais m’adresser au cœur.
J’ai donc inventé l’histoire d’un ours géant qui avait courageusement appris à marcher sur les planètes, à circuler entre les étoiles; et c’est en m’abreuvant à de singuliers récits que j’ai compris que pour aider les animaux à parvenir aux plus grandes choses, les meilleurs dompteurs du monde n’avaient eu besoin que de leur chuchoter quelques petits mots.
Description de l’œuvre
L’ensemble des deux parties de l’œuvre (intérieur et extérieur) forme un tout singulier, cohérant et indissociable non seulement grâce à l’utilisation collatérale de mêmes motifs, de mêmes textures et matériaux, mais surtout en raison de l’immense tableau qu’il compose à partir de l’intérieur.
Des astres de différentes natures et dimensions composent une fresque aux tons se mouvant selon l’heure du jour. Un ours occupe le point de perspective et se fait plus ou moins discret selon le jeu perpétuel des lumières naturelle et artificielle.
L’œil des enfants complètera, possiblement plus facilement que le notre, la grande forme circulaire annoncée sur les murs adjacents à la paroi vitrée. Comme chacun des deux grands croissants verticaux se morcèle en plusieurs autres plus petits tableaux circulaires, ce sera là un facteur exponentiel de chemins, de mondes possibles qu’évoqueront ces formes finement morcelées. Des méandres, des traces, des pistes, évoqueront des nuages en mouvances, où chacun sera libre d’y voir ou d’y entendre des réponses à ses propres questions.
L’ours en équilibre sur sa boule géante s’impose par sa stature, mais la perspective globale à travers laquelle on le voit de l’intérieur relativise son importance. Vu de l’extérieur, il semble danser et il suggère un léger mouvement hélicoïdal qui le rend dynamique de tous les points de vue. Et en dépit de ses fortes dimensions, l’ours dressé semble nous rappeler, à la façon humble de son compatriote créé par St-Exupéry, qu’on ne peut pas nécessairement être plus grand que le monde dans lequel nous vivons.
Nous allons tous à l‘hôpital pour recevoir de bons soins, et nous regardons ceux qui y travaillent avec beaucoup de respect; mais quelle est la part du rêve dans la guérison des jeunes, dans l’épanouissement des professionnels qui les soignent? Que peut tous leur apporter un ours géant qui a appris à marcher avec aisance sur une boule qui, elle, glisse dans l’infini?
Je n’ai évidemment pas de réponse à ces questions, mais j’ai toujours eu la conviction que l’imaginaire avait un grand impact sur la vie humaine, et qu’ainsi il pouvait souffler à l’oreille des enfants malades et à celle de leurs parents de garder espoir, car c’est ainsi que, tel un ours et des planètes qui jouent doucement ensemble, ils trouveront et maintiendront leur équilibre pendant et après l’épreuve.
Le soir venant, la lumière bleue du ciel se combinera à celle de la même couleur émanant de l’intérieur de l’ours. Inspirant le calme et la confiance, l’ours sera une vigile prenant la relève du jour. Toute la nuit il gardera le courage éveillé, et lui fera sans cesse murmurer: Je suis là!