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Édition de gravures

Mercredi 6 mars 2013

J’ai déjà réalisé quelques séries de gravures. Au début des années 2000, il y eut Les chemins élémentaires, imprimées à partir de matrices en aluminium provenant d’un projet d’intégration des arts à l’architecture. Puis il y eut Ours en bois, gravures elle aussi imprimées à partir d’un projet de sculpture comportant des laminages en bois dérivés de leur fonction première. Dans ces deux cas, j’allais de mon milieu naturel, la sculpture, vers un univers qui m’étais moins familier, le gravure. Puis, des choses ont changé en 2012. En effet, je suis à mettre le point final à une série de gravures qui ne proviennent aucunement de mon travail de sculpture. Et au contraire, c’est plutôt cette dernière série qui semble maintenant vouloir enrichir mes oeuvres 3D, comme en témoignent certains projets que j’ai récemment présentés dans le cadre du 1%.
La série Corvidae est née alors que je dessinais des oiseaux fascinants, des corneilles, sur un support que je découvrais, soit le film polyester translucide Mylar. J’ai eu l’idée de demander à mon technicien et collaborateur Bernard Paquet de graver quelques-uns de ces oiseaux sur des plaques épaisses d’aluminium. Cette façon de faire découlait du martelage du métal propre à la réalisation de certaines de mes sculptures. L’outillage spécifique utilisé pour marquer avec force l’aluminium provenait d’un héritage lié à la maréchalerie (poinçon et tranche). Les images ont par la suite été imprimées façon gravure sur bois sur ce même film polyester qui me servait à dessiner. La translucidité de ce dernier permet un transfert par frottis précis, mais n’empêche pas le caractère artisanal du procédé de ressortir.
On peut aussi voir, au second plan, un second oiseau interagir avec le premier. Il est également travaillé sur un support Mylar, mais à l’aide de bonbonnes de couleur, de pochoirs et de caches. Le second oiseau transparait donc derrière celui du premier plan, et la réunion des deux crée une tension, une dynamique, tant au niveau des formes, des couleurs que des textures.
Au départ de cette série, il y avait l’idée de faire un clin d’oeil aux Oies de Riopelle, mais très vite je me suis laissé prendre au jeu du vol et des couleurs de mes propres oiseaux. Les corvidés sont de beaux oiseaux. Ils sont particulièrement intelligents et leur vol est enjoué. On dit des corvidés qu’ils sont les seuls oiseaux qui sachent jouer entre eux. L’oiseau qui vole corrobore le goût de l’évasion. Et malgré la force avec laquelle il aura fallu au départ frapper la plaque d’aluminium, on parvient à conserver la finesse des découpes qui évoquent des méandres, des traces, des pistes, le dessin à la manière de Van Gogh.